Du 7 au 16 mai 2026, Pierre Vaubaillon, président du Messager de la Paix, a accompagné Alex Willer, de la mission FriedensBote, auprès des églises et des œuvres que nous soutenons au Kirghizistan. Voici son récit.
Pour la sécurité de nos frères et sœurs, nous ne citons que le prénom des responsables, aucun nom de personne aidée ni de lieu précis, et nous ne publions aucun visage.
Une question en guise de départ
Le voyage commence en Allemagne, chez nos frères de la FriedensBote, sous des pluies violentes. Andréas, Guénia et Oksana me reçoivent : chaleureuses retrouvailles ! Le 7 mai, à 6 h 30, Guénia nous conduit à l’aéroport de Cologne. Dans la voiture, nous parlons de l’avenir du Messager de la Paix, et une question reste en suspens : qui parle russe en France ? Après une escale à Istanbul et 5 h 20 de vol, nous atterrissons à Bichkek à une heure du matin.
Bichkek : un foyer pour les mamans en détresse
Alexandre et Natacha nous accueillent chez eux. Ils sont responsables d’une œuvre qui réunit trois maisons : un centre pour les enfants des rues, un foyer pour les femmes en détresse et leurs enfants, et une maison pour les adolescents et les jeunes adultes. Natacha prépare les projets : deux appartements de transit viennent d’ouvrir pour les mamans qui ont retrouvé un travail.
Le foyer est dirigé par Thérésa. Elle aurait aimé s’occuper seulement d’enfants, « mais le Seigneur en a décidé autrement ». Elle parle ouzbek, kirghize, russe et anglais, et la maison est d’une grande propreté. Ce jour-là, c’est la « thérapie par les vêtements », organisée chaque trimestre : un bazar est installé dans la cour pour les résidentes, les anciennes résidentes et leurs enfants. Vêtements, chaussures, produits pour bébés et adolescents… Beaucoup en profitent pour garder le lien avec le foyer.
Nous partageons le repas avec les femmes. Chacune raconte ensuite ce que le foyer a changé dans sa vie. Je médite avec elles sur la justification par Jésus, qui donne le salut, la paix du cœur et la confiance en Dieu, puis nous prions pour leurs enfants. Une jeune fille nous chante deux chants en s’accompagnant du komuz, le luth kirghize à trois cordes.
L’après-midi, nous passons devant l’immense décharge de la ville, une colline où des milliers de personnes venaient autrefois récupérer de quoi revendre. Le soir, des frères et sœurs nous reçoivent pour un repas suivi d’une réunion de prière (Proverbes 4.23-27).
Tokmok, les enfants et la tour de Burana
Le 9 mai, en route vers le centre pour enfants, nous traversons Tokmok, la ville natale d’Alex. Il nous montre la maison où il est né, son ancienne école et la maison de prière : dans les années 1990, 1 200 personnes la fréquentaient, et il y avait plus de monde dehors que dedans !
Au centre, Kalmurat et Valentina nous font partager le repas des enfants. Nous visitons deux datchas qui servent de lieux de vacances, puis un emplacement magnifique dans la montagne, où auront lieu cet été des séjours sous tente.
Les sommets du Tian Shan, au-dessus des vallées kirghizes.
Nous prenons aussi le temps de visiter la tour de Burana, un minaret millénaire, témoin de l’ancienne route de la soie. Au retour, nous nous arrêtons chez German et Anna, où se termine une retraite pour adultes.
La tour de Burana, vestige de la route de la soie.
Un dimanche, deux cultes
À 10 h, nous sommes dans l’église de Damir pour un culte avec deux prédications. Un groupe d’une dizaine de visiteurs espagnols arrive au début du culte, et un jeune frère leur sert d’interprète en anglais. À 14 h, nous rejoignons l’assemblée d’Alexandre et Natacha : de beaux chants, puis un café fraternel. Il a plu toute la journée, mais les cœurs étaient au chaud ! Au fil des discussions, une conviction s’impose : pour les chrétiens de l’ancienne Union soviétique, il n’y a pas de frontières, qu’ils vivent en Asie centrale, en Ukraine, en Russie ou en Allemagne.
Des colis et des visites
Le 11 mai, Adelet vient nous chercher, avec une voiture dont le volant est à droite ! Converti il y a 32 ans, il sert aujourd’hui à plein temps une petite communauté. Nous chargeons les colis alimentaires, puis Jakob, que j’avais rencontré en 2016, prend le relais pour une seconde tournée.
Nous visitons des veuves âgées et fidèles, des mamans seules qui élèvent de nombreux enfants, des femmes qui tiennent ferme dans leur foi au milieu de grandes difficultés, et une famille éprouvée par la maladie. Partout, la même simplicité : un thé, une prière, et la joie de savoir que des frères lointains pensent à eux. Nous rendons aussi visite à deux étudiants que Jakob et son épouse ont recueillis il y a onze ans : un logement leur est offert, à condition qu’ils étudient, travaillent et mènent une vie ordonnée.
Le soir, nous dînons dans la maison des jeunes adultes avec les résidents. Chacun se présente, et nous terminons par la prière.
Une radio, une ferme et une main tendue
Avec Damir, nous rencontrons Kanybek, diacre de son église. Il anime une radio chrétienne qui émet une heure par jour, avec un thème pour chaque jour : la drogue, les personnes âgées, les femmes, la famille, la poésie, les jeunes, et le dimanche l’évangélisation. Il a aussi lancé un programme de lecture de la Bible : chaque jour, il publie le passage à lire, et une quinzaine de participants parviennent à lire toute la Bible deux fois dans l’année !
Nous retrouvons Taalajkul, qui poursuit avec sa famille l’œuvre fondée par Issa, aujourd’hui auprès du Seigneur : une maison qui accueille une quinzaine d’enfants. J’avais connu Issa en 2016 ; tant de choses ont changé que je n’ai d’abord reconnu ni les lieux ni les personnes.
Malik, ingénieur de formation, a repris une ferme : sept vaches traites à la main, soixante-cinq litres de lait par jour, et quelques moutons. Il veut ouvrir sa maison aux autres, dans un environnement où les chrétiens sont très peu nombreux.

Le 13 mai, nous écoutons le témoignage bouleversant d’un frère venu de l’islam, croyant depuis plus de trente ans. Nous lui avons demandé de l’écrire :
« Je marchais dans un marécage. Plus j’avançais, plus je m’enfonçais. Je criais à l’aide, personne ne me répondait. Une main s’est tendue : c’était celle de Jésus, qui m’a sauvé ! Ce n’est pas la religion qui sauve. Croire en Jésus sauve. »
Chez lui, Damir nous confie ce qu’il attend de la mission, avec les mots d’Ésaïe 11 : « L’Esprit du Seigneur reposera sur lui : l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de force… Il jugera les pauvres avec justice. »
La route de Naryn
Le 14 mai, départ à 7 h 30 pour Naryn, à 330 km. En longeant la frontière du Kazakhstan, une file interminable de camions attend : c’est la « route des Chinois », car le Kirghizistan est devenu la plaque tournante de la Chine vers l’Asie centrale, la Russie, le Caucase et la Turquie. Puis la route monte par paliers, de 900 m à plus de 3 000 m d’altitude. Le paysage est grandiose, surtout au retour, sous le soleil couchant.
Le col de Dolon, à 3 030 m, sur la route de Naryn.
À Naryn, la petite maison où se réunissait l’église a disparu. À sa place se dresse un beau bâtiment qui peut accueillir 80 personnes, avec une grande cuisine, une salle pour les repas fraternels, et à côté une maison pour l’école du dimanche et les jeunes. Ryskul, le responsable, nous attendait en chantant. Les frères de l’église bâtissent ensemble, de leurs mains.

Le bazar, et une maison offerte
Le 15 mai, nous découvrons le bazar, incontournable en Asie centrale : couleurs, odeurs, discussions… un vrai labyrinthe, où mieux vaut être accompagné !
Fruits secs et friandises au bazar de Bichkek.
Nous visitons ensuite l’un des deux appartements de transit du foyer. Les femmes qui peuvent travailler y sont logées pour un temps limité, entourées par Maxim et Viktoria, qui vivent sur place. Ce bâtiment a été prêté gratuitement, et sans limite de durée, par un entrepreneur qui n’est pas chrétien !
Слава Богу ! Gloire à Dieu !
Le 16 mai, Natacha nous conduit à l’aéroport. À Cologne, Raïssa, l’épouse d’Alex, nous accueille, et le dimanche nous participons à une convention baptiste. Toute ma reconnaissance va à notre grand Dieu, pour son amour manifesté en Jésus, et pour nos frères de l’Est et de la FriedensBote.
Pierre Vaubaillon
Sujets de prière
- Pour Alexandre, Natacha et Thérésa, et pour les mamans et les enfants accueillis au foyer.
- Pour Kalmurat, Valentina et les enfants du centre, et pour les séjours d’été dans la montagne.
- Pour les églises de Damir, d’Adelet et de Ryskul, et pour la radio chrétienne de Kanybek.
- Pour Taalajkul et sa famille, qui poursuivent l’œuvre d’Issa auprès des enfants.
- Pour les veuves, les mamans seules et les croyants qui vivent leur foi au milieu de l’opposition.
- Pour la relève du Messager de la Paix : des frères et sœurs qui parlent russe ou allemand.
Vous parlez russe ou allemand ? Le Messager de la Paix cherche des bénévoles pour traduire, et pour accompagner les frères de la FriedensBote lors de leur tournée annuelle dans l’Est de la France. Écrivez-nous.
Pour soutenir les colis alimentaires, les foyers et les églises d’Asie centrale : faire un don.


Comments are closed